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Meetic a rencontré Gaspar Noé, réalisateur du film Love !

Bichon

Interview Ciné et Sexo

À l’occasion de la sortie du film Love sur les écrans français le 15 juillet, Meetic a eu le plaisir de rencontrer le réalisateur franco-argentin Gaspar Noé dans un café du 18ème arrondissement de Paris, non loin de la Place de Clichy.

Petit bond dans le passé. Nous sommes en mai 2002. Cette année-là, la Croisette est fortement ébranlée par le choc dIrréversibleun véritable séisme pour les amateurs du 7e art, aussi bien dans les conventions cinématographiques que dans la violence de l’image, porté par l’interprétation sans faille d’une Monica Bellucci et d’un Vincent Cassel au sommet de leur art ! Une décennie plus tard, le cinéaste revient plus en forme que jamais avec Love : une ode à l’amour et au sexe, un film inclassable et hypnotique, sans filtre aucun…

 

LOVE - Poster

 

Meetic le Mag : La musique joue un rôle important dans le film Love. Elle est variée : Bach, Satie, Mirwaïs, ainsi que la musique des « Giallos » comme Goblin pour Profondo Rosso. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

La 3ème gymnopédie de Satie est importante dans le film. J’ai aussi un de mes morceaux préférés de tous les temps : Maggot Brain de Funkadelic qui date de 1971. C’est une espèce de solo improvisé, que j’ai longtemps écouté en boucle, enregistré une seule fois et jamais réenregistré. Je n’aurais jamais pensé pouvoir négocier les droits pour obtenir la chanson dans l’un de mes films et finalement, ça s’est fait…

Quelle est votre réaction face à l’interdiction du film au moins de 16 ans décidée par le CNC (Ministère de la Culture) ?

Le film est passé deux fois en commission d’évaluation. La première fois, la commission a voté pour une interdiction aux moins de 16 ans avec avertissement. Lors du deuxième vote, il y a eu beaucoup plus de voix se prononçant pour l’interdiction aux moins de 16 ans que pour le moins de 18 ans. En France, la majorité sexuelle est à 15 ans. À 15 ans, on a connu la vie ou on est en train de la découvrir. Il n’y a rien dans mon film qui soit lié à des actes de violence, contrairement à Irréversible, ou Salò de Pasolini. Mon film ne parle pas d’un amour réussi mais parle d’un échec amoureux. Toutes les images de sexe dans le film sont empreintes de mélancolie, puisque l’on sait depuis le départ que cet amour-là a capoté. À l’issue des projections, les gens viennent me voir et me disent que le film donne envie de tomber amoureux, il ne provoque pas d’excitation sexuelle comme les films de genre. Love est plus un emballement avec le cœur du spectateur qu’avec sa partie inférieure… Je n’imaginais pas avoir une interdiction supérieure aux moins de 16 ans (l’interdiction d’Irréversible) qui était déjà le summum de ce que je pouvais faire en terme de violence…

Dans le film, l’enfant de deux ans s’appelle Gaspar, le galeriste s’appelle Noé (vous êtes crédité sous le pseudonyme d’Aaron Pagès qui est l’anagramme de Gaspar Noé), est-ce une autobiographie ?

Murphy, le personnage principal, c’est le nom de famille de ma mère, et Julio son meilleur ami, c’est mon deuxième prénom. Le film ne raconte pas ma vie, il raconte des éléments qui ont été proches de ma vie, mais Love, c’est surtout la vie de mes amis qui faisaient des études de cinéma avec moi, avec qui on partageait les mêmes goûts. La vie, pour certains d’entre eux, a basculé à cause d’un enfant attendu ou inattendu. Ça parle plutôt d’un genre de personnes que je connais. Le héros n’est pas glorieux – il a bon goût quand il va voir des filles ou quand il achète des affiches de cinéma – mais dans sa voix-off, il est tout le contraire de ce qu’il prétend être. Mon héros a des réactions très « beauf »… C’est un garçon normal avec un bon goût pour les filles !

Il y a de très belles scènes dans le film : celle du restaurant, la scène de sexe à trois qui ressemble un peu au Radeau de la méduse de Géricault, les déambulations dans le cimetière du Père-Lachaise qui s’apparentent au cimetière de la Recoleta à Buenos Aires ou encore la scène finale de la baignoire avec l’enfant et Electra qui rappelle le début de 2001, l’Odyssée de l’espace. Ce sont vos influences ?

Je suis obsédé par 2001, l’Odyssée de l’Espace que j’ai vu 40 fois dans ma vie ! C’est aussi le film préféré de mon personnage principal. J’ai mis dans le film parfois mes chemises, mon blouson, j’ai donné au personnage central le nom de ma mère. Love, c’est moi et ce n’est pas moi à la fois… Murphy est un ersatz de moi-même qui n’a cependant pas vécu la même vie que moi. Je n’avais pas pensé à l’analogie avec 2001, mais finalement ça a du sens, toute cette histoire de fécondation, de fœtus ou d’enfant c’est aussi la scène de clôture dans le film de Kubrick avec cette espèce de bébé dans un œuf géant.

Qu’avez-vous pensé du film de Lars Von Trier Nymphomaniac qui traite aussi du sexe frontalement ?

Je pense que le film de Lars Von Trier est beaucoup plus sadien. Il parle de névroses mais ne parle pas de passion amoureuse. On ne sent pas, dans les personnages, de désir de fusion avec l’autre. Dans mon film Love, les personnages sont plus des esprits affectifs qui pensent que dans la rencontre d’une autre personne, par une fusion négociée, ils arriveront à connaître une vie plus profonde et meilleure. Les deux personnages principaux de Love croient en l’amour mais ça part en vrille car dans une grande ville comme Paris, de nos jours et lorsque l’on fait la fête, il y a des tentations à chaque coin de rue, tout peut dégénérer et les promesses explosent…

À l’image de Winston Churchill dans l’un de ses célèbres discours qui parle « du sang, du labeur, de la sueur et des larmes » vous pensez que la vie ou le cinéma c’est « du sang, du sperme et des larmes » comme se l’approprie le personnage de Murphy ?

J’ai fait une fusion de la citation de Churchill et de Douglas Sirk qui disait à peu près la même chose. Churchill pour les citations, c’est un génie ! Avec lui, Oscar Wilde, William S. Burroughs et Nietzsche, tu peux remplir tout un mur de citations et tu rigoles tous les matins avec !

Quel est votre meilleur souvenir de cinéma ?

2001 de Kubrick, qui m’a donné envie de faire du cinéma, Salò de Pasolini, que j’ai vu le jour de mes 18 ans ! Un chien andalou de Buñuel, qui m’a appris la liberté d’expression. Schizophrenia de Gerald Kargl, que j’ai découvert en VHS. Un autre film qui a changé ma vie : Eraserhead de David Lynch.

Le film traite beaucoup de la question d’Eros (l’amour) et de Thanatos (la mort) ? Love fonctionne sur le mode de l’analepse : le long-métrage s’ouvre sur la fin et s’achève quasi sur la rencontre. Peut-on savoir ce que devient Electra à la fin ?

C’est plus inquiétant de ne pas avoir de réponse et plus inattendu. Je préfère ne pas avoir de réponse à la fin, comme dans l’Avventura d’Antonioni, et rester sur un doute. La meilleure solution c’est de ne pas apporter de résolution…

Pourquoi avoir choisi de faire le film en anglais ?

Pour une question pratique, le film étant en 3D je me suis dit qu’il y aurait beaucoup plus de gens qui pourraient le voir sans sous-titres. Car les sous-titres cassent parfois l’effet de la 3D. Il y a un plaisir bien plus physique à voir le film sans sous-titres. Pour l’anecdote, j’ai regardé Gravity en Blu-Ray 3D, avec la bande son en allemand pour ne pas avoir à lire les sous-titres, juste pour voir l’image !

Electra, le personnage incarné par Aomi Muyok est magnétique, fantasmagorique. Comment avez-vous procédé pour la trouver, et plus généralement pour réaliser le casting de Love ?

J’ai eu beaucoup de mal à trouver les comédiens. J’ai rencontré beaucoup de gens pendant 2-3 ans. J’ai rencontré notamment des comédiens non-professionnels. Vu la nature du projet, il y avait plus de garçons qui se proposaient pour jouer dans le film que de filles. J’ai rencontré Aomi au cours d’une soirée, j’ai eu son numéro par personnes interposées. On a sympathisé et au départ elle m’a dit : « Non, je ne ferai pas le film ». Mon choix s’est alors porté sur une autre actrice. Dix jours avant le tournage, Aomi a changé d’avis. J’ai eu beaucoup de chance… C’est vrai qu’elle « bouffe » le film, elle est impressionnante… En revanche, le mec n’est pas un objet de fascination à mes yeux. La fille, je voulais qu’elle soit magnétique, hypnotisante. Aomi (Electra) a plusieurs visages, est en perpétuelle mutation, avec ou sans ses lunettes, ses cheveux. Et elle a eu des tripes pour jouer dans mon film !

Comment avez-vous eu cette idée de filmer du sexe avec des sentiments, mis presque sur un pied d’égalité ?

Ces deux sujets occupent une place importante dans mon esprit et dans ma vie. Il y a des films qui parlent bien des relations amoureuses comme La Maman et la Putain d’Eustache, ou encore de la passion amoureuse comme La Vie d’Adèle de Kechiche (les séquences sexuelles simulées ou non étaient très utiles au récit). Cependant, il y a peu de films qui reproduisent ce que mes amis ou moi-même ayons pu vivre d’une manière plus intime. Je trouve bizarre que depuis les années 1970, il n’y ait pas eu de film proche du mien qui ait été réalisé. C’est comme si on avait gommé la part animale de l’Homme depuis longtemps, en éludant le sexe quand on parle de sentiments… Dans le cinéma X tout est idéalisé, jamais les filles n’ont de règles, jamais elles ne tombent enceinte, les poils pubiens ont disparu, ce n’est pas la vie !

Les poils pubiens fournis d’Electra qu’on aperçoit les jambes écartées font penser au tableau de Courbet l’Origine du monde, c’est voulu ?

Avant l’Origine du monde, j’ai surtout été influencé par le magazine Lui que j’achetais souvent. Dans cette revue à l’époque toutes les filles avaient la même touffe que dans le tableau de Courbet ! Le magazine Lui de l’époque, c’était un festival de touffes ! Personnellement j’ai plus d’attirance pour un triangle pubien que pour un pubis rasé…

Le personnage de Murphy dit : « Vivre avec une femme, c’est comme vivre avec la CIA »… C’est votre opinion ?

C’est une phrase qu’a prononcé Karl (qui interprète le personnage de Murphy) lorsque nous étions en salle de mixage pour réaliser la voix-off du début. On a improvisé cette phrase qui était très drôle, mais qui n’est pas mon opinion personnelle !

Il y a une scène d’éjaculation dingue en relief dans le film, pourquoi avoir choisi la 3D pour le projet du film Love ?

Il y avait déjà une scène d’éjaculation intra-utérine dans Enter the Void mais qui était en 2D. Certaines personnes à l’époque m’avaient dit : « Dommage que le film ne soit pas en 3D, le sperme pourrait aller sur le public ! ». C’est désormais chose faite !

L’amour toujours…

Quel serait votre endroit de prédilection pour un premier rendez-vous amoureux ? Le cimetière du Père-Lachaise, les Buttes Chaumont ou un club échangiste ?

Surtout pas le club échangiste pour le 1er rendez-vous ! Je choisirais un endroit spécifique des Buttes Chaumont – le Temple de l’Amour –, c’est-à-dire la petite coupole que l’on voit dans le film et qui domine Paris.

Quelle est votre petite imperfection, parmi les imperfections Meetic, qui fait votre charme ?

Une imperfection ? Je parle trop vite et on ne comprend pas tout ce que je dis !

Il y a une sorte de mini-classement entre le sexe et l’amour dans le film. Pensez-vous que l’amour soit supérieur au sexe ou complémentaire ?

Il peut y avoir du sexe sans amour, de l’amour sans sexe. Quand on arrive à faire fusionner les deux c’est le meilleur cas de figure, c’est ce qu’il y a de plus excitant et de plus addictif ! Le sexe, plus c’est bien, plus on est accro, et plus on a de problèmes à décrocher si ça se passe mal…

Avez-vous des conseils à donner pour réaliser une bonne sex-tape ?

Le secret pour réaliser une sex-tape ? Un peu d’alcool ! Un éclairage doux et des draps rouges ou des choses colorées derrière. Sinon, le faire sous les rayons du soleil crépusculaire qui éclaire la pièce est un must !

Les hommes et les femmes sont-ils si différents ?

Selon mon expérience les femmes ont plus de sautes d’humeur que les hommes… Il y a plus d’inattendu chez elles. Je suis plus surpris par les femmes que je ne suis surpris par mes potes. Il y a une théorie freudienne qui veut que les femmes soient plus attirées par l’interdit que les hommes…

Beaucoup de pratiques sexuelles sont abordées dans votre œuvre : l’échangisme, l’expérience avec un transsexuel, le triolisme, la levrette, la fellation et la sodomie. Vous êtes connu pour être un réalisateur sulfureux, ça vous plaît ? Vous avez des alter ego dans le cinéma ?

J’en ai plein ! Salò de Pasolini m’impressionne, la barre est tellement haute ! L’Empire des sens d’Ōshima, les Chiens de paille de Peckinpah, Délivrance de Boorman en sont d’autres exemples. Il n’y a pas un seul réalisateur avec lequel je m’identifie particulièrement hormis peut-être Buñuel qui avait l’air très chaleureux. Si je l’avais rencontré, j’aurais sûrement sympathisé avec lui !

Que pensez-vous du dating, de la rencontre sur internet ?

Je n’ai pas d’avis car je n’ai jamais pratiqué. Au lycée, mes amis rencontraient sur minitel ! En face à face, lors de la rencontre, et en une minute seulement tu sais déjà si tu es attiré ou pas. C’est plus facile de mentir par texte interposé qu’en vrai… La vraie rencontre, c’est le face-à-face lorsque l’on peut sentir l’odeur commune, le timbre de voix, la gestuelle…

Pouvez-vous nous parler de la réception du film à Cannes ?

Presque tous mes films sont passés au Festival de Cannes. Arrivé un peu bourré à la séance de minuit (à 3h du matin !), je n’ai jamais vu une séance aussi joyeuse que pour Love. Les gens s’attendaient plus à un film comme Caligula qu’à la bluette sensuelle que j’ai faite et leur réaction a été la joie principalement !

Le film sortira-t-il à l’étranger ?

Love est déjà vendu dans la plupart des pays en Europe. Les négociations sont encore en cours pour l’Italie.

En tant que cinéaste argentin qui habite en France, vous vous sentez plutôt Européen ou Sud-Américain ?

Mon père, lui, se sent argentin. Buenos Aires, où je suis né, est une ville très européanisée de toute façon. Je me suis habitué à la vie parisienne, je me sens chez moi ici, sans pour autant avoir la nationalité !

La bande annonce :

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Sortie en France le 15 juillet.

//www.love-lefilm.com/

Gaspar Noé X Meetic : Love at first sight !


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