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Anne-claire Rebreyend : confidences de l’auteur de « Dire et faire l’amour »

Anne-claire Rebreyend, historienne et auteur de « Dire et faire l’amour : Ecrits intimes et confidences de 1910 à 2010 » – ed.Textuel

Fabienne Casta-Rosaz : Vous présentez au lecteur nombre de confidences personelles et inédites : extraits de journal intime, autobiographie, correspondances et même mails et textos. Pour l’historienne que vous êtes, cela ne peut pas être un matériau commes les autres ?

Anne-claire Rebreyend : Je crois que cela nécessite davantage de délicatesse… Bien sûr, j’adopte la même méthode critique que pour les autres sources, mais je peux éprouver des scrupules à entrer ainsi dans l’intimité des personnes, à « utiliser » leurs mots pour en faire de l’histoire. Il faut alors essayer de s’approcher au plus près du cœur et du corps des individus, mais sans les en déposséder. C’est aussi un matériau émouvant car il raconte une histoire à la fois singulière et universelle, celle de l’amour, et donc il renvoie nécessairement à notre propre vécu.

FCR : Comment avez-vous trouvé ces documents ?

ACR : J’en ai trouvé une grande partie dans les archives de l’Association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique (APA). J’ai également mis en œuvre des correspondances adressées au Planning familial et des archives familiales. Pour la période actuelle, j’ai complété avec des mails, des textos et des photos émanant de connaissances.

FCR : A-t-il été difficile d’obtenir le droit de les publier ?

ACR : Non, dans la majorité des cas. Par exemple, les personnes qui avaient déposé leurs journaux intimes ou leurs correspondances à l’APA étaient très émues d’en voir publier des extraits.

FCR : Cela signifie-t-il que la vie privée est de moins en moins entourée du sceau du secret et que tout peut désormais se dire ?

ACR : Pas nécessairement. Certes, il est plus facile de parler de sa vie privée aujourd’hui qu’au début du XXe siècle. Il est possible de se confier à des proches ou même à des inconnus par le biais d’internet, des blogs et des réseaux sociaux. Mais je crois que chacun continue à ne dire que ce qu’il veut bien que les autres sachent. Nous conservons tous notre jardin secret.

Curieusement, ce sont les personnes âgées qui confient le plus aisément leurs histoires d’amour, peut-être parce que c’est un moyen pour elles de revivre les doux moments du passé. Les jeunes adultes d’aujourd’hui, qui sont en train de construire (ou de détruire) leur couple, sont parfois plus réticents : ils parlent facilement et franchement de leur vie privée, mais n’ont pas vraiment envie de la voir étaler dans un livre !

FCR : Vous présentez vous-même des archives familiales, avec des lettres et des photos de vos grands-parents…. Qu’auraient-ils pensé, d’après vous, de ce projet et de ce livre ?

ACR : Mon grand-père est décédé, ma grand-mère est aujourd’hui âgée de 88 ans. Elle a participé à ce projet en me confiant des lettres, des photos et en rédigeant son autobiographie. Elle se dit fière de ce livre.

FCR : Entre 1910 et 2010, quelle est l’évolution qui vous paraît la plus frappante dans la manière de dire l’amour ? Et dans la manière de le faire ?

ACR : Tout a changé dans la manière de dire l’amour, parce qu’aujourd’hui nous avons « les mots pour le dire » pour reprendre la belle expression du philosophe Michel Foucault. Nous disposons d’un vocabulaire médical et neutre pour évoquer les actes sexuels et d’une large palette de termes plus familiers que nous n’hésitons pas à utiliser. Il n’est plus honteux de parler de sexe. La sexualité n’est plus « la chose » innommable, mais une composante parmi d’autres de notre vie quotidienne.

Mais rien ou presque n’a changé dans la manière de faire l’amour. À vrai dire, la sexualité humaine dispose d’un ensemble de gestes relativement restreints… Nous n’avons rien inventé de particulier au XXIe siècle, excepté l’amour virtuel : le sexe à travers une webcam, les sites de rencontre par internet. Cela dit, les femmes, les jeunes, les homosexuel-les, sont plus libres d’avoir la vie sexuelle qu’ils désirent mener, et ce depuis la fin des années 1960.

Rien ne semble prouver que nous faisons plus et mieux l’amour aujourd’hui qu’hier, mais nous exigeons davantage de la sexualité. Celle-ci représente à la fois une preuve d’amour dans le couple, un moyen d’affirmation de soi, un test de séduction, une résistance au vieillissement…

FCR : Entre le dire et le faire, il y a, semble-t-il, longtemps eu l’étape « incontournable » du mariage. Qu’en est-il aujourd’hui ?

ACR : Aujourd’hui, le mariage n’est plus l’étape nécessaire pour avoir accès à la sexualité. Il y a même eu un retournement de situation puisque désormais, c’est la sexualité qui fonde le couple. Mais le mariage peut continuer de faire rêver certains amoureux – c’est d’ailleurs l’une des revendications homosexuelles. Sauf que le mariage n’est plus pour « le meilleur et pour le pire » : si la situation se dégrade, on n’hésite plus à divorcer. Le succès du Pacs indique aussi que les couples sont à la recherche d’un engagement moins contraignant, plus souple, que le mariage.

FCR : Quelles ont été les grands lieux de rencontre amoureuse, entre 1910 et 2010 ?

ACR : Au début du XXe siècle, le haut lieu de rencontre amoureuse était le bal. Les époux pouvaient également faire connaissance dans leur voisinage, au travail ou lors d’un mariage. Aujourd’hui, on se lie toujours dans l’entourage professionnel ou amical, mais aussi par le biais de sites de rencontre.

FCR : Qu’est-ce que change, d’après vous, l’arrivée d’Internet et des sites de rencontre dans la vie sentimentale et sexuelle ?

ACR : L’immédiat de la rencontre. En un clic, on a accès à un large choix de partenaires virtuels. On peut se donner rendez-vous rapidement. Il est plus aisé d’avoir du « sexe pour du sexe », même si de nombreux internautes continuent de chercher l’âme sœur. Du coup, le célibataire se sent moins seul derrière son écran d’ordinateur.

Les outils de communication actuels offrent par ailleurs plus de spontanéité dans les échanges amoureux. Autrefois, une lettre d’amour était réfléchie, froissée, réécrite, parfumée. Aujourd’hui, on peut s’envoyer des textos, des messages électroniques rapides, tendres ou brûlants, qui témognent de l’humeur amoureuse de l’instant et appellent une réponse immédiate.

FCR : Dernière question : c’est bientôt Noël. Quels étaient les cadeaux que les amoureux s’offraient – et que peut-être ils ne s’offrent plus – il y un siècle, il y a 50 ans, il y a 20 ans ?

ACR : Je ne crois pas que les cadeaux entre amoureux aient tellement changé : un bijou, un parfum, une belle paire de gants… Peut-être que l’on optait plus pour des objets durables il y a cent ou cinquante ans qu’aujourd’hui. On avait plus l’image d’un seul et unique amour, alors que maintenant il est courant de vivre plusieurs histoires d’amour successives.


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